Récemment plusieurs quotidiens ont fait mention d’une étude qui porte sur le bruit à Montréal. Réalisée par la Direction de la santé publique (DSP) de l’Agence de la santé de Montréal, cette étude note qu’à certains endroits sur l’île de Montréal la pollution sonore générée par les transports dépasse les plafonds des normes recommandées par l’Organisme Mondial de la Santé (OMS ou WHO, « World Health Organisation »). Comme dans beaucoup de métropoles les facteurs de pollution sonore sont la circulation routière, ferroviaire et aérienne.

Les principaux impacts du bruit sur la santé se traduisent par une gène et une perturbation du sommeil qui peut causer des problèmes cardiovasculaires et de l’hypertension. La dernière fois nous avons vu le sonomètre, l’outil de mesure utilisé. Cette fois-ci nous voyons comment le sonomètre a été utilisé et comment il devrait être utilisé pour faire ce type de mesures. 

Pollution sonore et sonomètre

Pour prendre une mesure du bruit de la circulation routière qui corresponde à ce que les habitants locaux peuvent percevoir, il faut bien choisir la courbe de pondération. La courbe de pondération A (qui ressemble pratiquement à la courbe isosonique de 40dB inversée) convient aux sons se situant autour de 40dBSPL. 40dBSPL correspond au niveau sonore à l’intérieur d’une bibliothèque, donc à part pour une circulation routière très distante du lieu de mesure, la pondération A ne convient pas. Une contradiction apparaît entre les normes recommandées par l’OMS qui sont mesurées avec la pondération A. Par exemple, l’OMS recommande de ne pas dépasser un niveau de 55dBSPL(A). Avec un niveau dBSPL de 55, la courbe de pondération B semble plus appropriée puisqu’elle se situe entre la courbe A (prévue pour des niveaux proches de 40dBSPL) et la courbe C (prévue pour des niveaux au dessus de 70dBSPL). Cette contradiction n’est pas propre à l’OMS puisqu’au Etats-Unis l’OSHA (Occupational Safety & Health Administration) ainsi que les autres agences gouvernementales qui ont besoin de mesurer des niveaux sonores continuent à utiliser la pondération A lors des mesures de bruits forts. La conséquence est que les lectures obtenues sont inférieures au niveau de bruit réellement ressenti.

Lorsque la source sonore que l’on cherche à mesurer est un bruit considéré gênant, ce qui est notre cas, la pondération A est utilisée parce qu’elle donnerait des résultat qui concordent bien avec le niveau de gène perçu. L’utilisation de la courbe de pondération A est à l’avantage de ceux qui ne veulent pas avoir à restreindre leurs émissions sonores. Lorsqu’il s’agit de pollution sonore générée par les transports et usines, les fréquences graves sont bien présentes. Utiliser une pondération A revient à minimiser l’impact des fréquences graves sur les humains. La lecture n’est pas très représentative de la réalité perçue, surtout s’il s’agit d’une oreille aiguisée comme celle d’un ingénieur du son. Lors de cette étude, des mesures allant jusqu’à 95dBSPL(A) ont été constatées. Je vous laisse imaginer ce que cette lecture donnerait vraiment avec une pondération C. Lorsque les élus municipaux concernés disent qu’ils veulent minimiser l’impact du bruit sur les citoyens avec des réglementations qui obligeraient à placer les chambres à coucher d’un appartement ou d’une maison le plus loin possible de la nuisance sonore (une route très fréquentée par exemple) on comprend que la source du problème n’est pas attaquée. Plutôt que de limiter les niveaux de nuisances sonores on cherche à atténuer l’impact de la pollution sonore sur les citoyens.

Comme nous venons de le voir, non seulement la pondération utilisée est douteuse, la volonté politique de s’attaquer au problème n’y est pas, mais en plus la façon que les journalistes ont d’indiquer l’unité de ces mesures laisse à désirer. Dans deux quotidiens il n’y est fait nullement mention du type de décibels utilisé (dBSPL plutôt que dBu ou dBm par exemple). C’est un peu comme si on utilise le symbole degré (°) sans préciser s’il est question d’un angle ou d’une température (en Celsius ou Fahrenheit). Evidemment, selon le contexte, le lecteur peut en déduire de quel type de degré il s’agit. Dans notre cas le lecteur qui a un minimum de connaissance peut en déduire qu’il s’agit de dB référencé à un niveau de pression sonore. Dans un des articles aucune mention n’est faite de la pondération utilisée. Il est facile d’imaginer un lecteur tirant des conclusions à partir d’un article qui contient des informations partielles. Il est aussi facile d’imaginer, qu’écrivant quotidiennement sur un sujet différent, un journaliste ne maitrise pas forcément son sujet ou, qu’il choisit de le simplifier, pour ses lecteurs ou, parce que l’article doit tenir en un certain nombre de mots. De toute évidence, la nuisance sonore est un réel problème dans beaucoup de grandes villes et tous les éléments sont en place pour minimiser un problème très compliqué et couteux à régler.

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