Démarrer une carrière dans l’industrie audio est un des plus gros défis des étudiants finissants de Musitechnic. Beaucoup d’emplois disponibles le sont à titre de pigiste ou travailleur autonome. Il s’agit donc d’un travail contractuel qui, si tout se passe bien, devient récurrent plutôt que sporadique. Il est donc important de bien gérer ses premiers pas dans le monde professionnel. Comme lors de la première partie de ce blog, je m’adresse à ceux qui après avoir été absorbé dans les études ont besoin de conseils pour aborder les premiers contrats. Ceux qui sont déjà passés par là peuvent être de bon conseil pur l’aspirant ingénieur du son. Philippe Génier enseigne à Musitechnic et, comme beaucoup de professionnels du son, il est passé par une variété d’emplois dans l’industrie du son depuis qu’il a gradué de Musitechnic. Voici la suite de ce qu’il a partagé avec moi au sujet de ses premières expériences de preneur de son plateau.

 

Sauter sur l’occasion

Fort de ses premières expériences, je demande à Philippe si la prise de son plateau était une partie de l’industrie qui l’intéressait. « À priori, non, j’avais des préférences quand même, comme beaucoup, je préfère produire de la musique mais j’ai pris le premier truc qui passe ». Et c’est justement cette ouverture d’esprit qui a finalement permis à Philippe de faire ce qui l’intéressait vraiment : composer de la musique. Lorsqu’on regarde sur quoi ces sessions ont débouché, on constate que, dans certains cas, il a d’abord été embauché pour faire la prise de son et finalement il a aussi eu le contrat pour le mixage. Dans d’autres cas, il a fait des contacts avec différents membres de l’équipe qui l’ont ensuite embauché pour d’autres contrats de prises de son et, encore plus important pour Philippe, des contrats de composition de musique pour film. Même si ces sessions ne lui avaient pas permis de mixer ou de composer, l’expérience en elle-même permet d’étoffer son CV et alimenter son portfolio.

 

Vendre un service

Le besoin de faire des contacts l’a-t-il amené a faire des choses qui n’étaient pas prévues ou pour lesquelles il n’était pas payé ? Pour Philippe, c’est simple ; « Tu aide un peu tout le monde, tu ne veux pas passer pour le fainéant ». Il était là pour marquer des points et faire bonne impression, il a donc fait le nécessaire, de sa propre volonté, précise t’il, personne ne l’a obligé à faire quoique ce soit. Par exemple pour ses contrats de composition, il a fait plus de musique que ce qui été initialement prévue, par choix, sans sentir de pression.

Pour gagner sa vie l’ingénieur du son offre un service, la prise de son en l’occurrence. Avec une qualité de prise de son semblable, le service rendu peut être le même d’un ingénieur à l’autre, mais la façon de rendre ce service est peut-être plus importante que le service lui même. À talent égal, c’est la façon de faire qui va distinguer deux ingénieurs l’un de l’autre. C’est pour cela que Philippe s’assure d’être ponctuel, de travailler avec le sourire, d’être avenant. La plupart de l’équipe n’entendra pas le travail brut de la prise de son. Le seul élément dont l’équipe dispose pour se faire une opinion du preneur de son n’est donc pas son travail mais plutôt son interaction avec les membres de l’équipe. Sans aller jusqu’à dire que même s’il est mauvais, le preneur de son gagnera sa vie tant qu’il est sympa avec l’équipe, il faut quand même soigner cet aspect. Lorsqu’il travail, le preneur de son est en représentation, il fait sa propre publicité, il est son propre représentant pour sa propre compagnie. Sa relation avec toute l’équipe est donc à ne pas négliger, d’autant plus que le preneur de son dépend de la récurrence des contrats et est amené à retravailler avec les mêmes personnes, les mêmes équipes, les mêmes producteurs etc.

 

Et la place de Musitechnic là dedans ?

Le diplôme de Musitechnic a donné à Philippe la crédibilité nécessaire pour qu’il obtienne des contrats auprès de contacts qu’il avait déjà. C’est avec les connaissances obtenues à Musitechnic, et la confiance qui vient avec, que Philippe a obtenu ce premier stage. C’est aussi cette année d’étude qui l’a qualifiée pour réaliser les taches qui lui ont été assignées. Il ne suffit pas d’avoir des contacts toutefois. Il ne suffit pas non plus d’obtenir le contrat car pour mener le contrat à terme il y a un véritable travail technique. Bien que le côté technique soit couvert durant votre année à l’école, le savoir vivre n’est pas enseigné à Musitechnic, cela fait parti de votre bagage personnel. Philippe s’est fait complimenté pour sa ponctualité. Il avait appris à travailler avec le sourire avant Musitechnic. « Sur le plateau, il faut lâcher son téléphone et toujours être à l’affût. Je ne faisais que travailler, et ce n’est pas évident de se garder occupé quand il y a beaucoup de temps d’arrêts ». C’est un fait que plus il y a de temps d’arrêts, plus c’est difficile de rester concentré sur son rôle et le travail en cours.

 

À retenir :

Il y a plusieurs choses à retenir de l’expérience de Philippe Génier.

  • D’abord, n’importe qui est un contact, pas seulement les amis mais aussi les enseignants de Musitechnic ainsi que les collègues de classe, les amis de vos parents, les voisins, la belle-famille, les voisins de la belle-famille, etc… Les étudiants de Musitechnic que vous avez pu côtoyer, qu’ils soient dans votre classe ou non, seront vos premiers contacts car ce sont eux les professionnels de demain.
  • Autre chose à retenir : plusieurs années peuvent s’écouler entre deux contrats avec un même client. Il est indispensable de développer un maximum de contacts et dire aux gens autour de vous ce que vous faites. Le pigiste est toujours en mode professionnel car on ne sait jamais qui l’on peut rencontrer.
  • Il est nécessaire de comprendre que, comme dans beaucoup de domaines, l’école n’est qu’une partie de l’équation qui permet de travailler dans ce domaine fascinant.
  • Il faut faire preuve d’une certaine ouverture d’esprit pour travailler dans l’industrie de l’audio et ne pas se cantonner à un seul métier ou domaine, quitte à prendre la première occasion qui se présente même si ce n’est pas son idéal. De ces premières expériences vont naître d’autres rencontres et d’autres occasions.
  • Faites des contacts en développant ceux que vous avez déjà : même si vos contacts ne vous apportent pas plus de travail directement, en travaillant sur leur projet, vous allez rencontrer d’autres gens qui eux vont peut-être vous apporter du travail.
  • Soyez toujours présentables et en mode ‘représentation’ car vous ne savez pas de qui viendra votre prochain contrat. Votre collègue de classe d’aujourd’hui peut vous appeler dans un an parce que la compagnie pour laquelle il travaille cherche un bon candidat pour un poste. Avez-vous mérité la confiance de vos collègues de classe ? Si vous avez besoin d’emprunter de l’équipement dans six mois, qui de vos contacts serait susceptible de vous en prêter ?

Prenez un peu de recul sur l’année d’étude et regardez votre situation personnelle.

Questions ou commentaires ? k.blondy@musitechnic.net