Le mois dernier, Musitechnic a eu la chance d’accueillir une présentation du fabricant de microphones à ruban Royer Lab. J’en profite pour revenir sur les microphones à ruban. Sans répéter ce qui a été dit par le présentateur John Jennings (vice président de ventes et marketing chez Royer Lab), la dernière fois nous avons vu pourquoi les microphones à ruban sont incontournables, leur place dans l’histoire, ainsi que les mythes et réalités, pourquoi choisir un microphone à ruban plutôt qu’un condensateur ou un microphone à bobine mobile. Cette fois ci je fourni quelques exemples audio pour que vous constatiez par vous mêmes.

Exemples audio

Afin de profiter pleinement de ces exemples audio, un système de son de qualité est nécessaire. Un bon casque d’écoute est idéal pour entendre les nuances subtiles et éliminer la contribution de lieu d’écoute.

Batterie – AEA 44 Ruban pour ambiance (« room reverb »)

Batterie Close Miking

Une prise de son de batterie à plusieurs microphones (prise de son rapprochée) : Grosse caisse (« kick »), caisse claire (« snare »), Tom 1, Tom 2, « overhead » gauche, « overhead » droite. Il n’y a pas de microphone pour le charleston (« hi-hat »).  Même si la caisse claire a de la réverbération naturelle provenant de la pièce (« room reverb »), la batterie peut paraître un peu sèche pour certains.

Batterie Close Miking avec AEA R44 (ruban) Not Gated

Au lieu d’ajouter de la réverbération artificielle, je vais ajouter le signal stéréo d’un enregistrement MS effectué avec un microphone à ruban AEA 44 éloigné. Les pistes d’ambiance ouvrent le son de la batterie mais vous trouverez peut-être que la réverbération est trop présente. La réverbération y est tout le temps. On a presque l’impression que la batterie se trouve dans une piscine vide. Ce n’est pas une question de niveau puisque les « faders » d’ambiance sont déjà assez bas. C’est plutôt un problème de temps de réverbération ou « decay ».

Batterie Close Miking avec AEA R44 (ruban) Gated

Afin de contrôler ou remodeler l’enveloppe d’amplitude de la réverbération, j’ai inséré un « gate » (ou « dynamics modifier ») sur la piste d’ambiance déclenché par la caisse claire (« snare ») en « side chain »: chaque fois que la caisse claire joue, la piste d’ambiance s’ouvre. Avec un temps de relâche qui coupe la réverbération avant que le prochain coup de grosse caisse (« kick ») se fasse entendre, vous obtiendrez une belle réverbération naturelle. On retrouve une utilisation similaire de microphones à ruban ambiants avec « gate » dans la batterie de l’album « Nevermind The Bollocks » des Sex Pistols. Ils ont utilisé plusieurs microphones distants tandis que j’en utilise qu’un. Évidemment un studio relativement grand est nécessaire.

Pourquoi utiliser un microphone à ruban? Si vous recherchez une réverbération plutôt sombre (en opposition à une réverbération brillante) un ruban conviendra bien puisqu’il ne présente pas d’aigues potentiellement agressives comme on en retrouve sur les microphones à condensateur habituellement utilisés dans cette situation. Les capsules de condensateurs ont naturellement une fréquence de résonance plus élevée que les microphones à ruban et ceci leur donne un son plus agressifs (« harsh ») (ou alors on peut dire que les microphones à ruban ont un son plus doux, tout dépend du point de vue).

Amplificateur de basse électrique – MXL R77

Cette session illustre la situation où le groupe ne sait pas encore quel son il veut pour la basse. On installe une variété de microphones (incluant une DI) devant l’amplificateur et vous aurez plusieurs options possibles lors du mixage. Je vous donne seulement quatre des options qui ont été enregistrées afin qu’on ne se perde pas dans des comparaisons infinies.

Basse avec Shure Beta 52 (bobine mobile)

Basse avec DI

Basse avec Shure KSM 44 (condensateur)

Basse avec MXL R77 (ruban)

Lorsque vous entendrez enfin le microphone à ruban (c’est le dernier de la série), vous devriez être assez étonné de la différence de son de celui-ci. Les microphones à ruban ont tendance à avoir un effet de proximité marqué comme vous pouvez le constater d’après les fichiers audio.

La question cruciale dans le choix du bon microphone est de vous demander à ce dont la chanson a besoin. Si vous choisissez le microphone à ruban, vous devez vous assurer que la grosse caisse n’est pas à la même gamme de fréquences que la basse. Si l’arrangement de la chanson est très chargé, il se peut que les très basses fréquences soient les seules qui restent pour placer la basse. Si le tempo de la chanson est rapide, il se peut que vous préfériez un microphone avec plus d’attaque. Si la ligne de basse est très mélodique vous perdrez peut-être quelques subtilités avec le microphone à ruban. Cependant, si la basse est très rythmée (avec des croches) et fournit une base pour la chanson, le microphone à ruban convient très bien. Le choix vous revient.

Dans ce cas, l’enregistrement a été fait dans un isoloir traité acoustiquement et dépourvu d’une acoustique intéressante, donc la caractéristique bidirectionnelle du microphone n’a pas eu d’utilité. Il faut mentionner que le microphone à ruban donnerait un meilleur résultat s’il était un peu plus loin de l’amplificateur. Si vous vous posiez la question, j’ai utilisé une combinaison de deux microphones dans le mix : un pour les graves, l’autre pour l’attaque. Si vous faites la même chose, surveillez la cohérence de phase entre les deux pistes.

Violoncelle – AEA R84 

Le prise de son pour le violoncelle est faite à une distance très rapprochée, à environ un pied de l’ouïe, par un microphone à condensateur (U87) et un microphone à ruban (R84). Les microphones étaient côte à côte afin qu’ils puissent capter exactement le même son provenant du violoncelle. Le R84 est bidirectionnel alors le U87 est réglé avec le même patron polaire à des fins de comparaison.

Violoncelle avec AEA R84 (ruban) Ouïe

Violoncelle avec Neumann U87 (condensateur) Ouïe 

Souvenez-vous que plus l’instrument est grand, plus le microphone soit être éloigné de la source afin d’obtenir un son naturel. Sachant que le studio où cet enregistrement a été effectué était plutôt petit et pas très « live », j’ai placé un autre U87 le plus haut et le plus loin possible du violoncelle afin d’obtenir le son de la pièce. Le microphone était en mode cardioïde et dirigé vers le violoncelle.

Violoncelle avec Neumann U87 (condensateur) Éloigné

Dans mon « mix », j’ai utilisé une combinaison du microphone rapproché placé (« pan ») à gauche et du microphone éloigné placé (« pan ») à droite.

Nota Bene

L’ordre dans lequel on fait l’écoute de fichiers audio va influencer notre décision car nous semblons comparer toute écoute subséquente à la première qui nous sert de référence. Pour la basse, la dernière piste était celle du microphone à ruban. Pour le violoncelle, la première piste était celle du microphone à ruban. Prenez le temps nécessaire car, une fois votre oreille habituée au microphone à ruban, le microphone à condensateur semble agressif et dur.

Autre idées à explorer

1) Utilisez un microphone à ruban et un autre type de microphone pour la prise de son du même amplificateur de guitare et ensuite séparez les deux pistes de part et d’autre (« pan ») du champ stéréo. Vous n’aurez besoin d’aucun EQ! Ajoutez quelques millisecondes de délai (pas plus que 20) si vous voulez donner l’impression que c’est deux joueurs différents. Comme les guitares électriques de Nirvana ou Metallica entre autres.

2) Utilisez le microphone à ruban comme microphone rapproché et un microphone à condensateur comme microphone d’ambiance puis mettez une piste à gauche et l’autre à droite.

Enregistrements commerciaux

Si vous êtes curieux d’entendre des microphones à ruban en action voici quelques enregistrements à écouter :

The White Stripes – « Get Behind Me Satan » a été enregistré uniquement avec des microphones à ruban.

Michael Jackson – « Off The Wall ». Le producteur Bruce Swedien a utilisé des microphones à ruban pour les percussions de l’album. Une paire de RCA44 a été utilisée pour enregistrer les percussions sur des bouteilles de verre dans « Don’t Stop Till You Get Enough » par exemple.

Elvis Presley – « Elvis Presley ». Des microphones à ruban RCA ont été utilisés autant pour la voix que pour les musiciens pour des chansons telle que « Heartbreak Hotel ».

Jimi Hendrix. L’ingénieur Eddie Kramer a utilisé des Beyer 160 pour enregistrer les amplificateurs de guitare de Jimi Hendrix sur plusieurs albums.

The Sex Pistols – « Nevermind The Bollocks ». La batterie a été enregistrée par Bill Price avec des Coles 4038 (en microphones ambiants) passés dans des « gates ».

Commentaires ou questions : k.blondy@musitechnic.net